L'Afrique face au réchauffement climatique
L'Afrique, le continent le plus vulnérable au changement climatique, ne fait « pas assez » pour enrayer les conséquences catastrophiques du réchauffement de la Terre, ont estimé aujourd'hui des experts à Nairobi, la capitale du Kenya qui abrite le siège du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).
Le rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), publié le 6 avril dernier, est un « message dramatique sur les conséquences du changement climatique sur le développement économique sur ce continent », a déclaré Achim Steiner, directeur du PNUE. L'Afrique, qui est le continent habité le plus pauvre, « est en première ligne pour faire face à la réalité du changement climatique, pas dans l'avenir, mais maintenant », a-t-il ajouté.
Le Giec souligne la vulnérabilité de l'agriculture, de la faune sauvage, des infrastructures et des régions côtières de l'Afrique face à l'augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre. Une augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre provoquera des pénuries d'eau des plus sévères, menaçant entre 400 millions et 1,8 milliards de personnes en Afrique. Selon le rapport, 80 à 200 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées aux famines d'ici à 2080. Bien que, d'ici 2050, de vastes étendues du Sahel occidental et presque toute l'Afrique australe et centrale ne constitueront plus un environnement favorable à la transmission du paludisme, celui-ci menacera 80 millions de personnes additionnelles et des régions, aujourd'hui essentiellement exemptes de paludisme, se transformeront, d'ici 2080, en des espaces propices aux moustiques vecteurs du paludisme (notamment au Zimbabwe, en Éthiopie, au Kenya, au Rwanda et au Burundi). De plus, le Giec estime que les incidences de paludisme augmenteront également dans les régions montagneuses de l'Angola et de la Somalie, qui aujourd'hui ne connaissent que de rares cas de paludisme.
En outre, la moindre élévation de température pourrait engendrer, dans certains systèmes fluviaux, une baisse des courants d'eau importante. Entre 2080 et la fin du siècle, les précipitations moyennes annuelles baisseront d'un cinquième le long du littoral méditerranéen africain. Le littoral nord saharien et celui du nord-ouest africain connaîtront le même sort. Des baisses sont également prévues en Afrique australe, où l'extrême ouest de la région connaîtra une baisse atteignant jusqu'à 40% pendant les mois de juin à août. Par contre, la pluviométrie en Afrique de l'est et en Afrique tropicale pourrait augmenter de sept pour cent. Le nombre exact des victimes dépendra de plusieurs facteurs, dont la croissance démographique. Une hausse de température d'un degré centigrade provoquera, d'ici 2020, une diminution de 10% des eaux qui se déversent dans le bassin de l'Ouergha au Maroc. « Si d'autres bassins versants enregistraient une telle baisse annuelle, l'impact dans ces régions seraient, chaque année, égal à la perte d'un grand barrage », estime le rapport du Giec. Il souligne également la vulnérabilité du Bassin de la rivière Okavango, où les effets néfastes du changement climatique surpasseront ceux associés aux barrages et à l'abstraction agricole. Quant aux courants du Nil, l'évaluation reconnaît que certaines variables, ainsi que la gouvernance à venir, ne permettent pas de prédire comment ils seront affectés. Une hausse de 1°C affectera entre 75 et 250 millions de personnes en Afrique, menacées par des pénuries d'eau de plus en plus prononcées; celle de 2°C affectera entre 350 et 600 millions de personnes, et il est prédit que d'ici 2080, 1,8 milliards seront victimes d'une hausse de température de 3°C.
Le tourisme, souvent tributaire de la nature, sera également affecté : 25 à 40% de la faune des parcs nationaux d'Afrique subsaharienne (le zèbre par exemple) risquent l'extinction. Parallèlement, l'étendue des terres arides et semi-arides augmentera de plus de 8%, avec des conséquences sur les modes de vies et sur la lutte contre la pauvreté. Le rapport prévoit également que le blé disparaîtra du continent africain d'ici 2080. Les projections les plus pessimistes estiment que, d'ici 2050, la récolte de soja en Égypte baissera de 30% et la production de maïs chutera gravement en Afrique australe. Ainsi, les récoltes pourraient-elles diminuer dans certains pays africains de 50% en 2020 et même de 90% en 2100. Or, l'agriculture représente jusqu'à 70% du produit intérieur brut pour certaines nations, sans compter les revenus d'appoint pour de nombreuses familles. En Afrique, 40% de la population vit avec moins d'un dollar par jour et autant avec moins de 2 dollars.
Selon Achim Steiner, « le rapport met en lumière le prix démesuré que doit payer le continent africain suite aux conséquences d'une évolution non maîtrisée du climat, un prix absolument inacceptable pour les 800 millions d'habitants et les générations futures. Alors que l'Afrique est le continent le moins responsable du changement climatique, c'est elle, paradoxalement, qui paiera le plus lourd tribut si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. » L'Afrique et ses populations ne pourront s'épanouir que si le continent reçoit une aide urgente d'adaptation aux changements climatiques et les pays industrialisés agissent rapidement pour réduire significativement leurs émissions de gaz à effet de serre. « À un certain degré, le changement climatique est une réalité inéluctable. Cette réalité exige qu'on aide l'Afrique à s'y adapter. Elle exige des investissements mais exige aussi des mesures qui protègent les économies, aujourd'hui et dans l'avenir. Ceci ne demande pas seulement des investissements financiers, mais aussi des investissements en termes d'une planification bien pensée (afin que le changement climatique soit au cœur du processus de développement) », a-t-il ajouté.
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